Laxisme judiciaire : Exigeons la fin de l’irresponsabilité des magistrats
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À la suite des enquêtes diligentées au sein de son ministère par conséquence de l’affaire Lyhanna, Gérald Darmanin, le garde des Sceaux envoyait une note de 12 pages au ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez (29 juil. 2026). Début août, Le Monde, révélait l’existence de cette note dénonçant notamment l’existence de « stocks fantômes » de milliers de procédures judiciaires non transmises à la justice concernant des affaires de violences sexuelles sur mineurs. Nous montrant souvent assez critiques quant au fonctionnement de la Justice, cela nous autorise à dire quelques mots sur celui de la police au vu de cette note de G. Darmanin.
De l’accueil défaillant au cynisme institutionnel
Dans ce document adressé à Laurent Nuñez le 29 juillet, G. Darmanin (ex ministre de l’Intérieur) dénonce notamment l’existence d’un gigantesque « stock fantôme » de procédures non transmises par la police et la gendarmerie (Le Monde, 8 août 2026). Il y détaille ensuite de graves défaillances dans la prise en compte des violences sexuelles faites aux enfants. Au milieu d’une litanie de dysfonctionnements, il évoque donc un « stock fantôme ». Ce déballage a déplu fortement aux policiers tout grade confondu. A l’image du Syndicat des Commissaires de la Police Nationale qui parle d’un « courrier (est) reçu comme un uppercut ». C’est même« le comble du cynisme »,a cinglé ce commissaire général de la police nationale (Le Figaro, 9 août 2026).
A l’instar des magistrats, les policiers dénoncent pour se justifier le manque d’effectifs et la complexité de la procédure pénale. Soit. Mais qui n’a pas vécu directement ou via son entourage des cas d’accueil très limites dans les commissariats ? Même pour de simples plaintes (via plainte en ligne par ex) on sent la plupart du temps qu’on les em…e. Nous l’avons vécu. « C’est vraiment pour l’assurance qu’on vous reçoit »est une réponse que l’on entend souvent… Elle n’a pas lieu d’être pour des fonctionnaires rémunérés (plutôt confortablement au regard d’autres) pour une mission de service public majeure : enregistrer les plaintes des citoyens contribuables (certes pas toujours) qui par l’impôt sur le revenu (et la TVA) qu’ils payent « entretiennent la force publique » (Déclaration de 1789, art. 13).
En tant qu’enseignant on a connu de multiples cas de jeunes étudiantes qui, suite à une agression à caractère sexuel, s’étaient rendues à la police pour y recevoir un accueil à tout le moins mitigé. Notamment de policiers hommes. Avec des remarques ou questions à tout le moins ambiguës : faut pas aller dans cette boite ou dans ce quartier, aviez-vous un peu bu ? Prenez-vous des produits stupéfiants, comment étiez-vous habillée ? Connaissiez-vous l’individu ? Autant d’assertions qui, il faut en convenir, déstabilisent pour le moins. Et n’ont souvent pas lieu d’être.
Drames humains et mise en scène politique
On sait pertinemment et les policiers au premier chef, que ce « stock fantôme » existe. Et ce dans chaque commissariat de France et de Navarre. Puisque de cynisme il s’agit, il est plutôt du côté de la police qui est plus choquée par le déballage de la situation que par la situation elle-même. Au passage il faudra un jour que nos politiques de tous bords et notamment les ministres, arrêtent de publier à tous crins leurs faits et gestes professionnels. D’inonder les réseaux de posts, tweets… Il y a là une certaine indignité de fonction…
On a certes changé d’époque, mais quand feront-ils leur ce mot de Charles De Gaulle :« Prenez invariablement la position la plus élevée, c’est généralement la moins encombrée ».
Rappelons que cette synthèse proposée par Gérald Darmanin, résultat des remontées d’informations établies par les parquets généraux. Elle fait suite à l’affaire Lyhanna et aussi Rosa. Redisons que pour cette dernière, la maman a mis en cause le mauvais accueil des gendarmes, elle qui insistait légitimement de l’avancée du dossier de sa fille (violée des dizaines de fois par le dénommé Barella). « Partez. Si vous insistez encore on vous fout une plainte pour harcèlement »a asséné un gendarme, heureusement muté depuis (on notera tout de même que la lecture du rapport Lyhanna révèle que les gendarmes reconnaissent avoir commis des erreurs, quand les magistrats les récusent).
Les policiers auront des difficultés à dire que la note de G. Darmanin est mensongère. À Nîmes, par exemple, les procureurs auraient découvert 1275 procédures « fantômes ». À Caen, elles seraient 905, tandis qu’à Agen, « un nombre important de procédures en cours » n’a « donné lieu à aucune information du parquet ». Ailleurs, à Bourges par exemple, une quinzaine de procédures auraient été « purement et simplement perdues », souligne encore le document. Derrière ces dossiers « fantômes », il faut tout de même noter qu’il y a des réalités humaines souvent douloureuses.
Le faux débat de l’insuffisance des moyens
Ce n’est pas qu’une question de moyens. En matière pénale c’est d’abord une question d’humanité ; or comme l’écrivait Benjamin Franklin, « l’humanité se divise en trois catégories : ceux qui ne peuvent pas bouger, ceux qui peuvent bouger, et ceux qui bougent ».
L’argument des moyens a trop souvent bon dos au sein des policiers et des magistrats. Désolé mais, comme le notait le président Macron (dont nous sommes un critique régulier) suite à la mort de la jeune Lyhanna, jamais autant de moyens n’ont été déployés pour la justice : « moi, je ne veux entendre aucun argument de moyens dans cette affaire. Depuis 2017, j’invite chacun à regarder [ceux] qui ont été mis dans la gendarmerie, dans la justice ». Réinterrogé sur la protection des enfants quelques jours plus tard, le chef de l’Etat a évoqué la possibilité d’examiner « où est-ce qu’il manque peut-être des moyens, là où là ? ».
Selon L’Opinion, sous les mandats d’Emmanuel Macron, le budget de la justice a fortement augmenté, progressant de près de 20 % pour atteindre environ 10,5 à 12,5 milliards d’euros. E. Dupont-Moretti a beaucoup œuvré ici. Malgré cette hausse historique et des recrutements de magistrats et greffiers, la France reste, c’est vrai, en-deçà de la moyenne européenne en nombre de magistrats par habitant. Bien sûr, justice, police et gendarmerie sont encore confrontées, dans certains endroits, à des problèmes de moyens. Une question tout de même. Dans chaque commissariat, caserne ou tribunal chaque agent fait-il consciencieusement et activement son office ?
Autrement dit ne devrait-on pas un jour poser la question de la « rentabilité » de certains personnels ?
Surenchère budgétaire et réalités fiscales
Une petite précision s’impose au moment d’achever. Elle parlera essentiellement à celles et ceux qui paient l’impôt sur le revenu (magistrats, policiers et gendarmes en font partie). On peut plaider pour une augmentation des moyens policiers de 10, 20 voire 50 %. Comme de ceux des gendarmes, magistrats, gardiens de prisons. On peut faire de même pour les infirmières ou les professeurs. Mais il faut bien garder en tête que la dette publique de la France s’élève à environ 3 552 milliards d’euros, ce qui représente près de 115,6 % du produit intérieur brut (PIB).
Ayons aussi en tête que le coût total de la fonction publique en France atteint environ 350 à 362 milliards d’euros par an, ce qui représente près de 12,4 % du PIB. Ce montant global regroupe l’ensemble des 5,8 millions d’agents répartis dans les trois versants de l’État (record d’Europe). En France, l’impôt sur le revenu rapporte à l’État plus de 92 à 95 milliards d’euros par an, ce qui représente environ un quart des recettes fiscales de l’État. Or il est notoire qu’à peine 45 % des citoyens français le payent. Le prélèvement à la source n’a pas permis d’améliorer notablement les choses. Disons également que, même s’ils sont vilipendés par les gauchistes en tous genres, ce sont les ménages aisés (voire très aisés) qui paient la grande majorité de cet impôt. Par exemple, les 10 % des foyers qui gagnent le plus financent plus de 75 % du total de cette recette.
Donc toute création de poste d’agent public entraine une dépense publique payée essentiellement par l’impôt sur le revenu. Est-on prêt aujourd’hui à assumer d’augmenter celui-ci ? Ah il est pourtant bien des domaines où l’on pourrait faire des économies comme l’a bien démontré S. Knafo l’année dernière dans un rapport incontesté. Vaste programme ! Comment ne pas donner raison à Tocqueville lorsqu’il relevait, il y a déjà bientôt deux siècles : « Le goût de la fonction publique et le désir de vivre de l’impôt est la grande et permanente infirmité de la France ».
Raymond Redington