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      Philippe Bas 

      Issu des grandes écoles de la République et siégeant depuis 2022 au Conseil constitutionnel, Philippe Bas s’est imposé comme une figure discrète mais influente de la droite institutionnelle. À la croisée des chemins entre administration et politique, son parcours éclaire le rôle des juristes de haut rang dans la fabrique d’une neutralité apparente, qui conforte en réalité des dynamiques idéologiques progressistes. À l’heure où la neutralité du Conseil constitutionnel est plus que jamais interrogée, son parcours offre un cas d’école de ces personnalités en apparence conservatrices mais agissant, en pratique, comme les vecteurs d’un juridisme déconnecté de la réalité démocratique. 

      Sa famille 

      Philippe Bas est né le 20 juillet 1958 à Paris. Son milieu familial est solidement ancré dans la haute fonction publique. Il est le fils de Jacques Bas, inspecteur général des Finances, l’un des corps les plus prestigieux de la République, historiquement rattaché au ministère de l’Économie et des Finances. Le profil de ce père haut fonctionnaire, discret mais influent, situe d’emblée Philippe Bas dans une filiation d’élite administrative, où le service de l’État est non seulement un choix professionnel mais une tradition familiale. Aucune information publique n’indique l’identité ou la profession de sa mère, ni l’existence de frères et sœurs. Ce silence documentaire est révélateur d’un souci de discrétion sur la sphère privée, classique chez les personnalités issues de la haute administration. 

      Formation 

      Philippe Bas a suivi un parcours scolaire et universitaire classique pour les membres de l’élite technocratique française, fondé sur une continuité d’établissements d’excellence orientés vers le service de l’État. Il est diplômé de l’Institut d’Études Politiques de Paris (Sciences Po), filière « service public », une voie royale vers les grands concours de l’administration française. Il est ensuite reçu au prestigieux concours de l’École nationale d’administration (ENA), et intègre la promotion « Louise Michel » (1982–1984). Cette promotion, qui porte le nom d’une figure majeure de la Commune de Paris -anarchiste, révolutionnaire, anticléricale- constitue un marqueur fort. Le choix de ce nom, voté par les élèves de la promotion eux-mêmes, indique une imprégnation idéologique progressiste très présente au sein de la haute fonction publique en formation. Cette tonalité militante, éloignée d’une neutralité républicaine rigoureuse, révèle le climat dans lequel s’est formée une partie de la génération administrative à laquelle appartient Philippe Bas. Sa promotion compte parmi ses membres des figures de la vie politique française comme Pierre Moscovici (Premier président de la Cour des comptes, ancien de la Ligue communiste révolutionnaire et membre influent du Parti socialiste), Guillaume Pépy ou Didier Tabuteau (actuel vice-président du Conseil d’État). Cela confirme que Philippe Bas, ’identifié plus tardivement comme un homme de droite modérée, a été socialisé et formé dans un environnement fortement acquis à des références idéologiques marquées 

      Parcours professionnel et carrière 

      Sa carrière illustre l’itinéraire d’un haut fonctionnaire dont l’autorité institutionnelle s’est construite sur une double fidélité : à l’État centralisé et à une certaine tradition technocratique. Elle est marquée, en creux, par une constante porosité entre les fonctions juridictionnelles, exécutives et politiques -cette interpénétration étant l’un des angles morts majeurs du fonctionnement du Conseil constitutionnel. Après l’ENA en 1984, il intègre le Conseil d’État et y gravit rapidement les échelons : auditeur, puis maître des requêtes et conseiller d’État. 

      Cette expertise juridique le mène à des responsabilités politiques de premier plan, à gauche, puis à droite. En 1988 il rejoint le cabinet de Jean-Pierre Soissons, ministre du travail du gouvernement Rocard, mais c’est avec la droite qu’il obtiendra les meilleures positions. Conseiller ministériel puis directeur de cabinet entre 1993 et 1997, il rejoint la présidence de la République et deviendra directeur adjoint puis Secrétaire général de l’Élysée sous J. Chirac (2000–2005) ; il participera notamment à la révision constitutionnelle sur la décentralisation. Ministre délégué aux affaires sociales dans le gouvernement de Dominique de Villepin (2005–2007), il incarne une « droite sociale » technocratique et prudente. Il s’engage ensuite en politique, devenant sénateur de la Manche à partir de 2011, puis président de la commission des lois du Sénat (2014-2020). 

      En novembre 2022, il est nommé membre du Conseil constitutionnel par le président du Sénat, G. Larcher. Cette désignation parachève une trajectoire exemplaire du point de vue des codes de la République, mais problématique en matière de séparation des pouvoirs. Son profil, en apparence « de droite », a pu rassurer certains conservateurs. Pourtant, les décisions rendues en formation collégiale depuis sa nomination ne traduisent aucun infléchissement notable en matière de jurisprudence idéologique (priorité donnée aux normes supranationales ou conception extensive des libertés individuelles). 

      Sa rémunération 

      À l’instar de nombreuses figures issues de la haute fonction publique, Philippe Bas a bénéficié tout au long de sa carrière d’un système de rémunération structuré autour de la continuité de service public… mais aussi d’une certaine opacité institutionnelle. Son parcours, mêlant fonctions juridictionnelles, administratives et électives, l’a placé dans une zone où les règles de cumul des revenus et les régimes dérogatoires sont la norme, bien plus que l’exception. 

      Depuis sa nomination comme membre du Conseil, Philippe Bas perçoit une indemnité mensuelle brute d’environ 13 500 €. Le Conseil constitutionnel ne publie pas de détail individuel sur les rémunérations ou les avantages annexes (frais de représentation, logement de fonction éventuel, couverture santé…). Cette absence de transparence est régulièrement dénoncée dans les rapports parlementaires comme un facteur de défiance démocratique. 

      Prix et récompenses 

      À ce jour, Philippe Bas n’est récipiendaire d’aucun prix universitaire ou scientifique, ni de distinctions dans le champ académique. Sa reconnaissance publique s’inscrit exclusivement dans le cadre des décorations officielles de la République, sans qu’aucune instance indépendante ne l’ait distingué pour des travaux doctrinaux, une œuvre juridique ou un engagement citoyen. 

      Chevalier de la Légion d’honneur (fonctions administratives et politiques). Officier de l’ordre national du Mérite. 

      Publications 

      À ce jour, Philippe Bas n’est pas l’auteur de publications doctrinales reconnues dans les sphères académiques, juridiques ou scientifiques. Il n’est l’auteur d’aucun ouvrage de fond publié sous son nom propre. Cette absence tranche avec certains de ses prédécesseurs au Conseil constitutionnel -tels Guy Carcassonne ou Dominique Schnapper-dont l’entrée dans cette institution s’est accompagnée d’un apport intellectuel reconnu. Philippe Bas est, en revanche, à l’origine ou signataire de nombreux rapports parlementaires, en tant que sénateur de la Manche (2011-2022), président de la commission des lois ou rapporteur de commissions d’enquête. Ces documents sont néanmoins produits dans un cadre institutionnel qui ne permet ni la liberté intellectuelle, ni l’approfondissement critique caractéristiques d’une véritable œuvre doctrinale. On peut néanmoins mentionner : 

      Rapport sur la révision constitutionnelle de 2018, Sénat, n° 668, 2017-2018) : il y défend la rationalisation de l’activité parlementaire, sans réelle mise en cause de l’extension du pouvoir normatif du Conseil constitutionnel. 

      Rapport sur l’affaire Benalla, Sénat, n° 234, 2019 : largement médiatisé, ce rapport est rigoureux dans la forme mais fut critiqué pour son absence de suites concrètes et son refus de tirer des conclusions sur l’imbrication entre pouvoir exécutif et institutions de contrôle. 

      Ce déficit de publications personnelles est significatif. Il pose question quant à la légitimité d’un homme à trancher les plus grands conflits normatifs sans jamais avoir publiquement pris position sur les enjeux de fond que soulève la jurisprudence constitutionnelle : place du droit européen, hiérarchie des normes, neutralité du juge, ou limites de la protection des droits subjectifs. Une telle réserve, sous couvert de discrétion, entretient l’opacité du rôle joué par les membres du Conseil dans l’évolution idéologique du droit français. 

      Conférences et communications 

      Contrairement à d’autres membres du Conseil ayant exercé des fonctions universitaires ou contribué activement au débat doctrinal, Philippe Bas ne semble pas avoir développé de présence significative dans les cercles académiques, colloques spécialisés, ou conférences juridiques de haut niveau. Il n’apparaît dans aucun programme de colloque juridique de référence ni comme intervenant, ni comme modérateur ou participant cité dans les actes. Ses prises de parole publiques sont essentiellement circonscrites à son rôle de sénateur et président de commission. Il intervient ainsi régulièrement dans les hémicycles parlementaires, auditions, présentations de rapports, ou débats publics -mais toujours dans un cadre institutionnel. Ces communications, généralement retransmises sur le site du Sénat ou dans la presse parlementaire, sont de nature descriptive et procédurale, rarement doctrinale. Elles relèvent de l’exposé de position plutôt que de l’argumentation critique. 

      Convictions politiques 

      Philippe Bas est souvent perçu comme une figure de la droite modérée, fidèle au gaullisme chiraquien et à une tradition républicaine d’autorité tranquille. Issu d’un milieu catholique et d’une lignée de hauts fonctionnaires, il s’est toujours affiché comme discret et institutionnel plutôt que militant. Proche de Jacques Chirac, de Dominique de Villepin et soutien de François Fillon, il incarne une droite gestionnaire et légale, réticente au clivage idéologique. 

      Son positionnement reste ambigu : il n’a jamais défendu en public de positions conservatrices sur les grandes questions sociétales. Sur la loi Taubira (mariage pour tous) comme sur la PMA pour toutes, il s’est abstenu de toute contestation de fond, invoquant des arguments procéduraux. Dans ses fonctions, il privilégie la défense des règles et de la forme plus que l’affirmation de principes. 

      Cette posture de neutralité apparente nourrit un paradoxe : présenté comme un garant d’une droite classique, il accompagne en fait les évolutions progressistes du droit constitutionnel sans résistance explicite, notamment face à l’influence croissante du droit européen ou l’expansion de certaines libertés individuelles. Sa prudence et sa réserve renforcent ainsi l’image d’un homme d’appareil, soucieux de continuité institutionnelle plus que de clivage idéologique. 

      Il l’a dit : 

      À propos de Simone Veil : « Une grande figure nationale, qui incarne le sens de l’Etat. Et une femme de générosité, qui peut faire preuve de dureté vis-à-vis des puissants et de tendresse vis-à-vis des faibles ». 

      « Je suis Chirac-Barrot, dans la lignée du gaullisme social ». 

      « Le parti En marche n’existe pas, il n’a pas de racines idéologiques, pas de racines territoriales, pas d’expérience politique ». 

      Ils l’ont dit : 

      « Il a la finesse giscardienne et l’énergie chiraquienne. Le droit, c’est sa gymnastique intellectuelle préférée », Jean-Pierre Raffarin. 

      « C’est un descendant de Tocqueville, Manchois comme lui, modéré et déterminé », Bruno Retailleau. 

      Sa nébuleuse 

      La trajectoire de Philippe Bas s’inscrit dans un réseau de fidélités administratives et politiques, plus que dans un véritable engagement idéologique. Issu de l’ENA, il relève de la « nébuleuse » des hauts fonctionnaires alternant travail en cabinets, juridictions (Conseil d’État) et fonctions politiques, au sein d’une technocratie républicaine marquée par la cooptation. 

      Il est historiquement lié au cercle chiraquien et à la droite gouvernementale modérée : proche de Jacques Chirac, Dominique de Villepin, puis Gérard Larcher, qui le nommera au Conseil constitutionnel en 2022. Son réseau s’étend aussi au Sénat, qu’il a marqué comme président de la commission des lois, en entretenant des liens transpartisans avec d’autres sénateurs influents, comme Bruno Retailleau ou Alain Richard. 

      Son ancrage personnel dans la sphère catholique reste discret et non militant, sans lien direct avec des mouvements engagés. Cette combinaison de réseaux (technocratique, gaulliste et parlementaire) fait de lui un acteur central de la continuité institutionnelle, plus gestionnaire qu’idéologue et ouvert aux compromis politiques, y compris sur les sujets sociétaux. 

      Sources: 

      https://www.conseil-constitutionnel.fr/membres/philippe-bas

      https://www.lesechos.fr/2011/02/philippe-bas-un-ex-ministre-a-la-presidence-de-lanses-108908

      https://www.lemonde.fr/politique/article/2018/08/09/le-senateur-philippe-bas-le-sonneur-de-cloches_53407 00_823448.html

      https://www.lesechos.fr/2019/04/promotion-louise-michel-ena-la-gauche-en-haut-1006656

      https://www.lopinion.fr/politique/philippe-bas-au-conseil-constitutionnel-larcher-assure-sa-droite-20220324

      https://www.whoswho.fr/biographie/philippe-bas-4882 

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      Martin Lacombe

      Martin Lacombe est diplômé d’un master de droit public et accompagne depuis plus de 10 ans des élus en exercice au sein de différentes institutions. L’environnement professionnel dans lequel il évolue exige de lui un suivi permanent des liens entre justice, politiques publiques et impératifs démocratiques. Ses connaissances du monde politique et de ses arcanes lui permettent d’apporter un regard approfondi et objectif sur les grands enjeux juridiques actuels.

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