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Quand la présidente du Tribunal juridictionnel de Bobigny ferait mieux de se taire

La récente condamnation d’Erik Tegnér et du magazine Frontières par le Tribunal judiciaire de Bobigny a suscité une vague d’indignations, tant sur la forme que sur le fond.

Sur la forme d’abord, par le choix des plaignants de se fonder sur les dispositions instituées par la loi Samuel Paty et visant à lutter contre l’islamisme radical, dans le cadre d’un litige qui aurait dû en principe relever de l’application du droit de la presse… Cela, alors même que le prévenu, Erik Tegnér, entendait dénoncer les complices de l’immigration et de l’islamisation.

Sur le fond ensuite, au regard des doutes circonstanciés que l’on est en droit d’avoir contre l’un des membres de la juridiction ayant rendu la décision, le juge Youssef Badr. L’Observatoire des décisions de justice a déjà présenté les doutes que l’on est en droit d’avoir à l’encontre de l’impartialité de ce juge dans cette affaire, nul besoin d’y revenir.

Cette émotion, justifiée par l’énormité du jugement, s’inscrit en outre dans un contexte qui voit la justice fortement contestée, tant au regard de ses multiples et criminelles défaillances (dont atteste l’affaire Lyhanna), que de sa continuelle complaisance envers les bourreaux et de l’impossible mise en cause des magistrats faillis.

Cette émotion des Français est si forte, qu’elle a conduit la présidente du tribunal judiciaire de Bobigny, Anne Auclair-Rabinovitch à prendre la parole. 

Pour reconnaître l’erreur et la légitimité des doutes que l’on peut avoir sur l’impartialité du juge Youssef Badr ? Pensez-vous ! Au contraire pour exprimer son « indignation » après les « attaques intolérables subies par les trois magistrats ayant rendu la décision dite du hors-série Frontières » ; magistrats qu’elle a assuré de son soutien, tout en rappelant que de « telles attaques, outrageantes, violentes et haineuses visent à intimider les membres de l’autorité judiciaire et à déstabiliser l’État de droit ».

La présidente Anne Auclair-Rabinovitch n’aurait-elle pas mieux fait de se taire ?

Regardons un instant l’état de la juridiction dont elle assume la direction. Et c’est d’autant plus intéressant qu’en moins de dix jours, elle s’est trouvée trois fois sous les feux de l’actualité…

C’est d’abord le 9 juin 2026 que le Conseil supérieur de la magistrature a rendu un avis de sanction disciplinaire à l’encontre de Ludovic Lestel, vice-procureur du parquet de Bobigny, pour des faits commis alors qu’il y était en charge de la lutte contre les stupéfiants et la délinquance organisée. Depuis 5 ans, le bon Ludovic faisait usage de produits stupéfiants (GBL, méthamphétamine, 3MMC) ; relevons d’ailleurs que les collègues de Ludovic – en toute rigueur – ont choisi de classer ces faits sans suite… En outre, on sait aujourd’hui que ce magistrat était fréquemment en retard ou absent aux réunions et audiences auxquelles il se devait d’assister ; effectivement on ne peut pas tout faire… Le CSM a demandé à ce qu’il soit déplacé de juridiction . Quelle dure sanction.

Le 19 juin, on apprenait la scandaleuse décision visant le Eric Tegner et le magazine Frontières, sur laquelle beaucoup a déjà été dit… Pour la résumer, le président de la formation de jugement est fortement soupçonné de défaut d’impartialité dans son traitement de l’affaire… Situation résultant de ses déclarations antérieures sur l’immigration et l’intégration… Or ce magistrat n’a pas cru devoir se déporter de l’affaire, ce qui soulève nécessairement le doute, compte-tenu de la nature de l’affaire.

Et enfin, le 20 juin encore, était révélé un nouveau dysfonctionnement du Tribunal judiciaire de Bobigny. Les faits remontent à novembre dernier, ils n’ont été rendus publics que cette semaine. Une mère de famille avait dénoncé des faits d’agression sexuelle sur son fils âgé de sept ans commis par un baby-sitter ; baby-sitter relaxé par un jugement du Tribunal judiciaire de Bobigny au motif, selon les magistrats, que les déclarations de l’enfant, probablement justes, restaient trop imprécises pour condamner. C’est la lecture des motivations écrites du jugement (16 pages ; communiquées à la famille début juin 2026) qui a choqué. Dans le jugement, signé par le président de l’audience, on peut en effet lire des mots plus qu’indélicats à propos de la mère de l’enfant violenté sexuellement. Elle y est décrite comme une « psychologue bobo », « d’ailleurs plus bohème que bourgeoise » et le jugement suggère qu’elle avait « surréagi » et « entraîné son fils dans un délire de victimisation de violences sexuelles » ; rien que cela ! Ils ont encore osé écrire dans le jugement : « Nan, j’déconne même si c’est en partie vrai ». La presse s’en est émue. La mère a annoncé avoir porté plainte contre ces juges devant le Conseil supérieur de la magistrature…  Pour autant, il convient de rappeler ici que depuis quinze ans qu’existe cette possibilité, sur les près de 5 000 plaintes déposées, seules neuf ont fait l’objet d’une audience disciplinaire devant le CSM et un seul magistrat recevant une sanction ; un blâme… Or, la présidente du tribunal de Bobigny, Anne Auclair-Rabinovitch, si elle a bien qualifié cette situation d’« insupportable », n’en a pas moins apporté son soutien aux magistrats visés, et condamné les attaques dont ils pouvaient faire l’objet.

Chef de juridiction, la présidente Auclair-Rabinovitch protège les siens ; cela peut paraître légitime. Pour autant, à partir d’un certain degré, cette protection tend à apparaître comme de la complaisance. Au regard de ces casseroles qui s’accumulent au Tribunal judiciaire de Bobigny – et encore ne parle-t-on que de ces faits qui ont été rendus publics – on se prend à penser que Mme la présidente Anne Auclair-Rabinovitch ferait mieux de mettre son énergie à ce que sa juridiction fonctionne correctement plutôt qu’à la perdre à défendre des magistrats ne méritant guère de l’être.

Manquements à la déontologie, doutes quant à l’impartialité et consommation de stupéfiants : il y a du ménage à faire au Tribunal judiciaire de Bobigny. Et sans doute dans beaucoup d’autres Tribunaux.

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Bertrand Saint-Germain

Consultant en stratégie juridique, Bertrand Saint-Germain est docteur en Droit. Universitaire, il est habilité à diriger des recherches ; il enseigne ou a enseigné dans de nombreux organismes d'enseignement supérieurs, publics et privés. Contributeur régulier du journal Atlantico, il a publié plusieurs essais et intervient dans différents médias (Radio-Courtoisie, TVLibertés, Tocsin, Frontières Média ou Sud-Radio avec André Bercoff).

- Juridiquement Correct, La Nouvelle Librairie, 2022
- (P)rendre les armes ?, Le Polémarque, 2023
- Les juges contre la Nation, en préparation, 2026

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