L'analyse
Que retenir ?
Dans cette affaire, le droit ne doit pas être critiqué mais les juges. En effet, la Convention de la Haye prévoit qu’un enfant ne soit pas renvoyé dans le pays d’origine de l’un de ses parents s’il existe un risque « grave ». Or, devant les juridictions internes, le ministère public a mentionné à chaque étape les risques pour l’enfant, ce qui a été écarté à chaque fois. La CEDH vient donc rappeler à la France que le droit doit s’appliquer de manière concrète afin de protéger les enfants.
Cette affaire illustre une vérité simple : le droit est fragile et peut être interprété de bien des façons. En réalité, ce ne sont pas les textes qui comptent le plus, mais les institutions qui les appliquent. Pourtant, nos juridictions ont complètement négligé l’intérêt de cette enfant, qui risquait de se retrouver bloquée en Tunisie.
Propositions :
Par principe : interdire le renvoi d’un enfant français vers un pays étranger lorsque l’un de ses deux parents réside habituellement en France (qu’il s’agisse d’un parent français ou d’un parent étranger régulièrement installé sur le territoire).
Par exception : établir une liste officielle de pays considérés comme sûrs, afin de permettre, dans les cas relevant de la Convention de La Haye, le retour de l’enfant auprès du parent vivant à l’étranger uniquement lorsqu’aucun risque sérieux pour sa sécurité ou son bien-être n’est avéré.
Imposer aux magistrats l’audition systématique et sérieuse des enfants dès l’âge de 6-7 ans dans toutes les procédures de divorce, de fixation de résidence, de droit de visite ou de retour international, en particulier lorsque des soupçons de maltraitance ou de nuisances émanent d’un parent.
Redonner tout son sens à la notion d' “intérêt supérieur de l’enfant” : trop de magistrats en ont aujourd’hui une vision mécanique et abstraite. Il est indispensable de rappeler que cette notion ne peut pas être réduite à l’application littérale d’un texte.
Lorsque l’enfant exprime de façon claire, répétée et durable sa peur, son refus ou son rejet vis-à-vis d’un parent, cette parole doit être entendue et primer sur le maintien forcé du lien.