Liberté d'expression à l'université : sécuriser sans tuer le débat d’idées

Les faits

Chers lecteurs,

Savez-vous dans quel contexte Quentin Deranque a été lynché et assassiné par des militants d’extrême-gauche ? En marge d’une conférence de Rima Hassan, l’eurodéputée LFI, à Sciences Po Lyon.
Nous n’allons pas revenir sur ce funeste évènement mais analyser une décision du Tribunal administratif de Grenoble relatif à une interdiction de conférence au sein de l’Université de Grenoble.

Que s’est-il passé ?

En février dernier une association étudiante demande à l’Université de Grenoble de disposer d’une salle afin d’organiser, le 6 mars, une conférence autour du livre Maudite soit la guerre, en présence de son auteur Pierre Douillard-Lefevre, un sociologue par ailleurs figure particulièrement militante de la gauche radicale. Par un courrier du 23 février, la direction de l’établissement refuse d’accorder une salle pour deux motifs. Premièrement, l’association étudiante (Association Solidaires Etudiant-e-s Grenoble) était connue pour ses nombreuses actions violentes, lesquelles avaient déjà auparavant rendue nécessaire l’intervention des forces de l’ordre. Deuxièmement, le contexte de la mort de Quentin Deranque justifiait, pour l’Université, le refus que cette conférence se tienne.

Le droit

L’association a décidé de contester cette décision devant le juge par le biais d’un référé-liberté. Cette procédure permet à un juge de statuer de manière urgente vis-à-vis d’une décision administrative qui porterait atteinte de manière grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale. Par exemple, les manifestations qui sont interdites par les préfectures sont très souvent contestées devant les tribunaux par cette voie.

Le tribunal administratif de Grenoble, dans son jugement du 6 mars 2026, ne reconnait pas d’atteinte à la liberté d’expression et de réunion des étudiants. Il estime que le contexte délicat relié à la mort de Quentin Deranque justifiait aussi l’interdiction de cette conférence.

Les juges grenoblois ne font que respecter une jurisprudence récente du Conseil d’État. Dans une décision de 2024, la juridiction suprême avait décidé de ne pas suspendre une décision de SciencesPo Paris d’annuler une conférence de Rima Hassan sur les livraisons d’armes à Israël, notamment pour des risques de troubles à l’ordre public.

L'analyse

Qu’en penser ?

Si la juridiction administrative peut parfois rendre des décisions quelque peu baroques, on ne peut que se réjouir que les juges prennent en compte les problématiques d’ordre public avec sérieux. Néanmoins, les problématiques d’ordre public se posent de plus en plus dans les universités notamment avec la radicalisation d’un certain nombre de syndicats étudiants.

La violence n’est pas acceptable, mais elle est une réalité. Accepter sans réserve une jurisprudence qui autorise systématiquement l’interdiction de toute conférence n’est pas une réponse satisfaisante.

Les universités doivent pouvoir accueillir ou organiser des débats d’idées, sans que le risque de trouble à l’ordre public ne soit systématiquement brandi pour justifier leur interdiction. Pour cela, il est nécessaire que l’État décide de prendre quelques mesures vis-à-vis des universités.

Propositions :

Permettre l’intervention de forces de l’ordre dans une faculté dès les premières minutes d’un blocus. En effet, nombre de rendez-vous intellectuels sont annulés dans les universités car le risque de blocus est trop élevé.

Faciliter le renvoi d’étudiants perturbateurs ou en lien avec des perturbateurs. La seconde notion est importante car il arrive souvent que des émeutiers dans les blocus d’universités ne soient pas eux-mêmes étudiants, cela permettra ainsi de renvoyer un étudiant ayant facilité l’accès à une personne extérieure.

Interdire les conférences de personnalités politiques seules. Depuis quelques années certaines conférences se transforment en meeting politique, l’université ne doit pas servir de tel lieu. En revanche, il serait infécond intellectuellement que les personnalités politiques ne puissent y être invitées. Ainsi, interdire qu’une seule personnalité ne soit invitée mais exiger qu’au minimum au moins deux personnalités politiques de courants différents soient reçues permettra deux choses. D’abord cela engendrera nécessairement un débat et évitera les meetings. Par ailleurs, une association étudiante qui souhaiterait perturber la réunion aurait de fortes chances de nuire à une personnalité politique proche de ses idées et donc plus de raisons de s’abstenir.
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