L'analyse
Qu’en retenir ?
Les jeunes albigeois ont été poursuivis sur la base de l’article L 225-1 du code pénal issu de la loi Pleven. Soyons honnêtes, cette loi visait un objectif juste : lutter contre les violences et la haine à raison de la race, du sexe, de la situation économique. Néanmoins, les moyens et l’interprétation posent plusieurs problèmes.
En droit, notamment en droit pénal, il existe un principe constitutionnel appelé : légalité des délits et des peines. Cela signifie que les incriminations doivent être inscrites dans le code pénal et doivent être claires. Il ne peut y avoir de condamnation sans texte clair. Par exemple : un meurtre se caractérise de façon matérielle par le décès d’une personne. C’est quantifiable objectivement : le cœur s’arrête de battre.
Or ici, cette incrimination d’appel à la haine manque d’objectivité. Il peut y avoir une foultitude de
définitions de la haine. Comment faire la distinction entre « immigration : phénomène social » et « immigration : désignation des individus » ? Cela reste très complexe voire impossible.
Conséquence de cette rédaction hasardeuse, il devient très difficile de respecter un autre principe fondamental du droit pénal, inscrit dès les premières dispositions du Code pénal : « la loi pénale est d’interprétation stricte. »
Le juge n’a pas le pouvoir de modifier le sens d’un texte législatif ni d’en étendre le champ d’application à sa guise. Or ici, où s’arrête et où commence le domaine de la haine et de l’appel à la discrimination ?
Plus problématique encore est l’application de cette disposition du code pénal. Un esprit bien formé comprend aisément ce qu’est un véritable appel à la haine.
Ce serait par exemple, un journal local titrant : « Allez castagner les joueurs de rugby du village voisin pour que l’équipe titulaire ne soit pas en mesure de jouer », ou encore un journal national appelant ses lecteurs à empêcher le bon déroulement d’un scrutin en empêchant les assesseurs d’un bureau de vote d’effectuer leurs tâches.
Dans ces cas, l’incitation à la violence est directe, explicite et ne souffre d’aucune ambiguïté.
Or, c’est précisément l’absence d’une définition claire et objective qui pose problème. Dans des domaines éminemment sensibles sur le plan politique comme l’immigration et l’insécurité, les juges deviennent de facto les véritables législateurs de ce qui relève ou non de la « haine ».
On abandonne ainsi les principes fondamentaux du droit pénal au profit d’un pouvoir judiciaire arbitraire et subjectif.
Propositions :
La provocation à la haine ou à la violence ne devrait être caractérisée que lorsqu’il existe un appel explicite, ne souffrant d’aucun doute sur la volonté de nuire aux personnes ou aux biens, identifiant des personnes ou un groupe de personnes nommément et avec précision.
L’usage d’un verbe à l’impératif ou d’une intimation claire.
Seul cet élément matériel objectif permettrait de distinguer un véritable appel à la haine d’une critique politique, d’une alerte ou d’un simple constat, parfois polémique.
Ces réformes permettraient enfin de mettre un terme à l’insécurité juridique actuelle.
La loi protégerait bien davantage la liberté d’expression, notamment la critique légitime des politiques d’immigration ou les alertes sur l’insécurité, tout en réservant les sanctions pénales aux véritables appels à la violence. Et les juges retrouveraient ainsi leur rôle véritable : appliquer la loi, et non la rédiger.
C’est la condition sine qua non pour que la liberté d’expression redevienne réellement égale pour tous.