L'analyse
Cette décision pose la question de l’interprétation du droit par la Cour de cassation et au-delà de la manière parfois singulière qu’ont les juridictions françaises d’interpréter la portée des grandes libertés. Il n’est pas ici question d’appeler à la fin de n’importe quelle liberté et certainement pas de la liberté d’expression. Notre œil vigilant souhaite plutôt pointer l’utilisation qui en est faite ici par la Cour de cassation.
Certes la liberté d’expression doit permettre de parler de tous les sujets mais il existe d’autres moyens de le faire que dégrader des édifices publics. Or, par cette décision la Cour de cassation estime que la « communauté afro-descendante » doit pouvoir se saisir de ce sujet pour le médiatiser.
Or, une question vient naturellement : n’y avait-il pas d’autres moyens que la dégradation de mobilier public pour faire parler de ce sujet ? Des comptes sur les réseaux sociaux ou encore des émissions sur France culture ? Ce furent justement les questions que les juges de la Cour d’appel ont posées.
Le prévenu n’ayant pas pu répondre, il avait été condamné. La Cour de cassation renverse cette approche. Désormais, au nom de la liberté d’expression, la Cour estime que les juges n’ont pas le droit « d’exiger la démonstration de ce que l'action en cause était nécessaire et que des manifestations aux mêmes fins auraient été organisées sans résultat ».
Autrement dit, les juges ne doivent pas demander si Monsieur Franco Lollia n’aurait pas pu agir autrement, créer un compte Instagram ou un journal afin de dénoncer une éventuelle « Négrophobie d’État ».
Cette situation est rocambolesque. Imaginerait-on une telle indulgence si la Grande mosquée de Paris était taguée pour dénoncer la traite arabo-musulmane ? Les juges auraient-ils en si haute estime le débat d’intérêt général si le siège du Parti communiste était dégradé pour dénoncer les millions de morts de cette idéologie ? La réponse semble évidente : NON.
Il conviendrait d’intégrer dans les lois mémorielles le principe fondamental que les controverses historiques et mémorielles, bien qu’elles nécessitent un débat libre, ne sauraient justifier ni légitimer des actions violentes ou destructrices envers les personnes ou les biens, de manière à garantir une égale application du droit et à prévenir tout « deux poids, deux mesures ».