Les faits
Chers lecteurs,
Connaissez-vous la QPC ? Si vous avez été en Faculté de droit ou de sciences politiques, ce fut peut-être un des premiers acronymes (parmi tant d’autres) que vous avez rencontré sur les bancs de l’université. Pour les autres, cela signifie question prioritaire de constitutionnalité.
La décision que nous allons aborder ensemble nous vient du Conseil d’État. La haute juridiction de l’ordre administratif, située au Palais-Royal, transmet à l’autre juridiction située dans le même bâtiment, le Conseil constitutionnel, une question prioritaire de constitutionnalité posée par le parti politique d’Éric Ciotti, l’Union des Droites pour la République (UDR). Elle soulève la question de la constitutionnalité de la loi relative à la transparence financière de la vie politique et notamment ses dispositions relatives à la parité des candidats présentés lors des élections législatives.
Qu’est-ce que la QPC ?
La question prioritaire de constitutionnalité (QPC) est une procédure introduite par la réforme constitutionnelle de 2008. Elle permet de contester a posteriori la constitutionnalité d’une loi portant atteinte aux droits et libertés garantis par la Constitution, au cours d’un procès. Ainsi, tout justiciable au cours d’un procès peut enclencher un tel contrôle. Pour cela il faut réunir trois conditions :
la loi contestée doit être applicable au litige ;
elle ne doit pas avoir déjà été déclarée conforme à la Constitution ;
la question doit présenter un caractère sérieux.
Si ces trois conditions sont réunies, le juge doit alors interrompre le procès (juridiquement, on dit qu’il sursoit à statuer). Il transmet cette question soit au Conseil d’État (si le juge relève de l’ordre administratif) soit à la Cour de cassation (s’il relève de l’ordre judiciaire), qui filtre les demandes. Alors, si une des deux juridictions estime que les conditions sont remplies et qu’un doute existe, elle renvoie la question au Conseil constitutionnel. Enfin, le Conseil constitutionnel vérifie la conformité de la loi à la Constitution. Plusieurs choix s’offrent à lui et il peut prendre plusieurs de décisions :
non-conformité totale : toute la loi est déclarée contraire à la Constitution. Dans ce cas, la loi ne s’applique plus et sort de l’ordre juridique français. Le Conseil peut fixer une date à partir de laquelle la décision ne s’appliquera plus afin de permettre au Parlement d’adopter une nouvelle loi.
déclaration de conformité : la loi continue de s’appliquer.
conformité avec réserve : le Conseil constitutionnel estime que la loi est conforme à la Constitution mais selon une certaine interprétation. Il indique ainsi aux autres magistrats soit une interprétation unique à adopter exclusive de toutes les autres ; soit une interprétation à ne pas suivre, ce qui autorise toutes les autres interprétations. Dans certains cas très rares, il fait une réserve constructive, il ajoute un élément à la loi pour qu’elle soit conforme à la Constitution.
Loi sur la transparence financière de la vie politique ? Parité et financement des partis politiques ?
Depuis 1988, il existe en France une loi sur la transparence de la vie politique.
Modifiée en 2014, elle impose aux partis politiques de présenter un nombre égal d’hommes et de femmes lors des élections législatives. Si cette disposition n’est pas respectée, des pénalités financières s’appliquent. Plus l’écart entre le nombre d’hommes et de femmes candidats est grand, plus les pénalités augmentent.
L’enjeu pour les partis est d’autant plus marqué qu’ils s’appuient en grande partie sur les financements publics. Ces subventions sont calculées en fonction de leurs résultats aux élections législatives et restent fixes pendant les cinq années qui suivent les élections (hors dissolution).