L'analyse
Qu’en retenir ?
Dans cette affaire, les juges n’ont pas en réalité une grande marge de manœuvre. Comme le rappelle l’arrêt du 9 avril dernier, les juges ne peuvent exercer qu’un contrôle de l’erreur manifeste d’appréciation sur ce type de décisions ministérielles. Cela signifie que les magistrats ne peuvent censurer qu’en cas d’une erreur grossière qui ne souffre d’aucun doute. Or en l’espèce, bien qu’il soit surprenant de voir soulignée l’hostilité de l’aspirant à l’Union européenne, les autres motifs ne sont pas en soi surprenants : les liens avec l’étranger et la critique de la politique gouvernementale ne sont pas excessifs.
Cependant, la possibilité même que des magistrats puissent être saisis dans ce type d’affaires semble étrange. Pourrait-on imaginer que le refus d’un Président de la République d’actionner le feu nucléaire soit contesté devant un juge administratif ? Quelle aurait été la réaction de l’opinion publique si l’ancien chef d’état-major des armées (Pierre de Villiers), évincé par Emmanuel Macron pour la critique de sa politique, avait porté sa “démission forcée” devant les prétoires ? Ces décisions relèvent de la sphère souveraine et ne peuvent être jugées que par le politique.
Certains argueront que le contrôle des juges sur ce sujet demeure aujourd’hui limité. C’est exact pour l’instant. Rien n’interdit cependant que ce contrôle ne s’élargisse progressivement, sous l’impulsion des magistrats eux-mêmes.
Dès lors, laisser ouverte, même de manière infime, la possibilité pour un juge de contester une décision du pouvoir politique dans ce domaine apparaît anormal. Si la justice administrative doit bien entendu continuer à exercer ses missions, celles-ci doivent être strictement encadrées, voire exclues, s’agissant des emplois et des décisions relevant de la sécurité nationale.
Quelques propositions pour renforcer la souveraineté et la sécurité nationale:
Dresser une liste exhaustive et régulièrement actualisée des emplois dont la nomination, la gestion de carrière et le retrait relèvent des actes de gouvernement, donc insusceptibles de recours devant la justice administrative.
Réserver ces emplois exclusivement aux personnes ne possédant que la nationalité française, afin de prévenir tout risque de conflit d'intérêts ou d’ingérence étrangère.
Ouvrir aux personnes binationales souhaitant accéder à ces emplois une procédure simplifiée et accélérée de renonciation à leur seconde nationalité, afin de lever l’obstacle et de garantir une loyauté exclusive envers la France.